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Association Fouta Djalon - Kankalabé

Compte-rendu détaillé de notre visite en Guinée en 2012

En février 2012, deux membres de notre association se sont rendus à Kankalabé, à leurs frais, afin d’évaluer sur place l’utilité de nos différents envois de livres, les nombreux besoins encore existants et les moyens d’apporter de nouvelles améliorations à l’enseignement au collège et lycée.

devant-bat.jpgNous avons effectué une longue visite du collège-lycée de Kankalabé. Celui-ci compte 346 élèves actuellement, et rassemble non seulement des jeunes issus du village même de Kankalabé, mais aussi des élèves provenant des 8 districts environnants, puisque seul le district de Kankalabé est doté d’un collège-lycée. En revanche, chaque district possède sa propre école primaire. Les élèves sont parfois obligés de parcourir plusieurs kilomètres à pied, à vélo ou en moto pour venir chaque matin au collège. D’autres sont logés toute la semaine chez des membres de leur famille vivant à Kankalabé, afin d’éviter de faire le trajet matin et soir.

 

Les effectifs de chaque classe sont assez inégaux. Beaucoup d’élèves sont présents dans les classes correspondant au collège, mais très peu sont au lycée.

Kv640.JPGAinsi, on recense seulement 8 élèves en classe de seconde et 20 élèves dans les classes de 1ère S et 1èreES. Il n’y a pas de classe de Terminale. Toutefois, le proviseur estime qu’ils pourront ouvrir une classe de Terminale l’année prochaine avec les élèves présents cette année en 1ère. Cette différence des effectifs entre le collège et le lycée s’explique par l’arrêt des études de certains élèves en fin de 3ème, mais aussi et surtout par le départ de très nombreux élèves vers des établissements scolaires situés en ville, à Dalaba, Labé ou Conakry. Cette fuite des jeunes vers la ville pose un réel problème aujourd’hui. Tout d’abord, cela coûte très cher aux familles. De plus, à long terme, cette désertion du village par les populations les plus aptes à travailler peut se révéler catastrophique aussi bien sur le plan social qu’économique.

Il s’agit donc aussi pour nous, en améliorant la qualité de l’enseignement du collège et du lycée de Kankalabé, de freiner un peu cette migration des jeunes vers les villes.

 

Nous avons pu constater sur place que les livres que nous avions envoyé ces dernières années étaient bel et bien présents dans le lycée, rangés et classés avec soin dans un petit local (bien trop petit) qui sert pour l’instant de bibliothèque. Nous n’avions cependant pas trop d’inquiétude sur ce point, car l’avantage de notre association est que nous possédons un contact important sur place en la personne d’Abdoulaye Bob Baldé, originaire de Kankalabé, et qui se rend souvent dans son village natal tout en restant très régulièrement en contact avec nous. Il est notamment systématiquement présent lors de la sortie des colis du port de Conakry et lors de la remise du matériel à Kankalabé.

C’est extrêmement important car cela facilite grandement les démarches, nous permet de suivre toutes les évolutions à distance et d’éviter le risque de dilapidation du matériel.

 

Seule une partie des manuels scolaires était présente dans le local, et le proviseur nous a expliqué que les autres livres avaient tous été distribués aux élèves, ces derniers les conservant chez eux tout au long de l’année. Selon les témoignages des élèves que nous avons interrogés, ces livres leur ont été très utiles comme support pour travailler et pour faire des exercices chez eux. Toutefois, nous avons été surpris de ne voir aucun livre sur les tables des différentes classes.

 

professeurLe proviseur nous a alors expliqué que cela tenait aux méthodes pédagogiques en Guinée, très différentes de celles que nous connaissons en France. Les professeurs écrivent la leçon au tableau, et les élèves la recopient et l’apprennent. Ils font peu d’exercices en classe. Du coup les manuels leur sont inutiles quand ils sont en cours. Toujours selon le proviseur, les élèves font des exercices chez eux avec les manuels que nous leur avons envoyés, mais nous n’avons pu vérifier ce point. Ces méthodes pédagogiques ne sont pas spécifiques à l’établissement de Kankalabé, les professeurs agissent de même dans toute la Guinée, ce qui nous a été confirmé par nos amis de Conakry.

Ce constat et la discussion avec les professeurs sur place, nous renforcent dans l’idée d’envoyer des professeurs français à Kankalabé pour voir avec leurs homologues guinéens comment on pourrait utiliser au mieux ces manuels scolaires. Faire des exercices paraît primordial pour réussir son bac, car le bac guinéen, assez similaire à notre bac français, consiste en la résolution d’exercices. Le taux de réussite cette année en Guinée a été extrêmement faible (10% dans certains établissements de la Capitale), en grande raison par absence d’appropriation des connaissances par l’entraînement. Un échange entre des professeurs français et guinéens pourrait donc être très enrichissant, permettre de créer la classe de Terminale attendue et probablement améliorer les résultats des élèves au baccalauréat.

 

Par ailleurs, cette visite au lycée nous a permis de réaliser que nos envois n’avaient pas toujours été très judicieux. En effet, le programme guinéen ne correspond pas au programme français. Ainsi, le professeur de physique avec lequel nous avons discuté nous a expliqué qu’il était obligé d’utiliser trois manuels de physique différents pour pouvoir retrouver l’ensemble du programme de physique guinéen. Il arrive par exemple à obtenir avec des manuels de troisième, seconde et première le cours complet de physique correspondant au programme officiel guinéen de la seconde. C’est donc assez contraignant pour lui, puisqu’il est obligé de piocher dans différents ouvrages pour composer son cours. Mais surtout, cela complique les choses pour les élèves, puisqu’on ne leur donne évidemment qu’un seul livre de physique en début d’année, et non pas trois. Ils sont donc en possession d’ouvrages qui ne recouvrent pas entièrement leur programme scolaire et qui sont incomplets.

 

Ce qui est sûr est qu’il faut désormais cibler beaucoup plus nos envois, pour éviter le gaspillage et le stockage de livres inutiles.

Le proviseur et les professeurs nous ont remis certains programmes de cours et nous promettent de faire une liste de leurs besoins précis. La possibilité de les appeler directement sur place (et oui le réseau est arrivé dans cette contrée reculée, alors que routes, eau courante et électricité font encore défaut …), va grandement nous aider en cela.

 

On ne peut malgré tout pas nier que l’envoi de livres ait eu des conséquences positives sur l’établissement. En effet, ces ouvrages ont été très utiles aux professeurs notamment. Auparavant privés du moindre document ou support écrit pour construire leur cours, ils peuvent à présent se servir des manuels envoyés pour bâtir leur cours de manière complète et détaillée. C’est également un progrès pour les élèves qui sont en possession d’ouvrages qui, même incomplets, restent un support important et une possibilité de s’entraîner chez eux en faisant des exercices.

Cependant, l’idéal resterait de se procurer des manuels scolaires guinéens, qui seraient en parfaite adéquation avec le programme officiel, et qui permettraient aux enseignants de construire leur cours bien plus simplement qu’en jonglant avec différents ouvrages. Pour les élèves, ce serait également bien plus bénéfique, puisque ils auraient en leur possession un ouvrage complet dans chaque matière, qui correspondrait parfaitement aux leçons qu’on leur enseigne, et qui leur permettrait de s’exercer de manière autonome.

Le coût unitaire de ses livres semble être de 20 euros à peu près, mais étant donné l’effectif très faible présent au lycée, cette solution sera sans doute plus économique au global. Reste à savoir s’il est possible de se procurer ces fameux manuels, ce qui n’est pas évident.

 

D’autre part, la présence importante de livres dans le lycée, a permis de débloquer la construction d’une bibliothèque, presque achevée, et que nous avons pu visiter. La charpente est déjà terminée, et il ne reste quasiment plus que les finitions à faire (installation des portes et des fenêtres, peinture et enduit à l’intérieur du bâtiment). En effet, l’ancien local est bien trop petit pour permettre aux élèves d’accéder aux livres. La nouvelle bibliothèque se situe dans l’enceinte même du collège-lycée et sera plus spacieuse, permettant aux élèves et professeurs de s’y rendre pour consulter des ouvrages ou travailler après les cours.

 

Kv055.jpgNotre projet, par rapport à cette nouvelle bibliothèque, est d’y installer l’électricité au moyen de panneaux solaires. En effet, une autre ONG très active à Kankalabé (AKGN) a envoyé il y a plusieurs années déjà des ordinateurs flambants neufs aux habitants de Kankalabé, alors même que le village n’a pas l’électricité. Ces ordinateurs sont donc restés jusqu’à aujourd’hui inutilisés. Notre projet est donc de trouver un moyen de les alimenter, afin que les élèves de Kankalabé puissent recevoir une formation, même sommaire, en informatique, puisqu’une maîtrise de l’ordinateur semble absolument indispensable aujourd’hui. Un des professeurs possède apparemment une formation en informatique, et pourrait donc initier les élèves dans un premier temps. De plus, Kankalabé dispose depuis peu d’un réseau GSM important qui permet aux habitants de communiquer avec leurs téléphones portables sans aucun problème. Les ordinateurs devraient ainsi pouvoir permettre un accès à internet, par clé 3G (à vérifier).

Les professeurs pourraient ainsi compléter leur formation en se servant de toutes les informations entreposées sur le net, et construire leur cours à partir de connaissances solides et détaillées. Cela leur permettrait également de communiquer éventuellement par e-mail avec des professeurs français, et d’échanger des informations entre eux, ce qui peut être bénéfique tant d’un côté que de l’autre. Les ordinateurs seraient donc déplacés dans la nouvelle bibliothèque dès que celle-ci sera terminée, afin que les élèves et professeurs puissent y accéder facilement.

Ce problème des ordinateurs nous apparaît donc comme primordial actuellement. Toutes les conditions sont réunies pour les faire marcher, il ne manque plus que l’électricité. Louis, secrétaire de l’association, a réussi à récupérer des panneaux solaires à bas prix. Les panneaux solaires, le kit d’installation et la batterie seront normalement installés dans la bibliothèque avant la fin de l’année 2012, Inch’Allah.

 

Enfin, le dernier point de notre visite a concerné le problème de l’eau dans le lycée. Ce problème avait déjà été soulevé lors de nos précédentes visites, mais il paraît maintenant urgent de le résoudre. En effet, il fait extrêmement chaud en Guinée, souvent entre 38 et 40 degrés aux heures les plus chaudes de la journée. Boire est donc indispensable pour les élèves. Un puits existe dans la cour du lycée, mais il n’y a pas de l’eau en permanence et surtout l’eau stagnante au fond du puits est souvent contaminée par des vers ou autres bactéries. Le proviseur nous a avoué très franchement que lui-même ne se risquait pas à boire l’eau de ce puits. Les élèves ont donc le choix entre boire de l’eau du puits ou aller boire à la rivière toute proche, ce qui est encore pire car elle est souillée par les déchets, et peut provoquer de graves maladies.

Nous allons essayer de faire un autre forage dans la cour du lycée, plus profond, et surtout avec l’installation d’un suppresseur qui permettrait de remonter l’eau et d’éviter qu’elle ne stagne au fond du puits.

Si les moyens nous le permettent, nous ferons un forage similaire dans la cour de l’école primaire, puisque les élèves en primaire rencontrent le même problème.

 

Pour visionner la vidéo de notre visite du lycée de Kankalabé, cliquez ici:  link

 

 Evidemment, mener toutes ses actions nécessite de nombreux fonds (pour financer l’envoi des panneaux solaires ou se procurer des ouvrages scolaires guinéens par exemple), et nous comptons pour cela sur votre coopération et sur vos contacts. Notamment pour les forages, si vous avez des proches qui travaillent dans ce domaine et qui peuvent nous procurer du matériel à bas prix, n’hésitez pas à nous fournir des pistes !

classe.JPG

 

 

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